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Pendant ses études à l'IEP de Lille, Déborah Berlioz a eu la chance d'effectuer une année Erasmus en Allemagne, à Fribourg. À partir de là, son choix était fait : elle voulait faire du journalisme franco...

Déchets nucléaires : qui va payer ?


mardi 25 octobre 2016
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Si l'arrêt des neuf centrales encore en activité d'ici à 2022 ne devrait pas poser de problème, la question du stockage des déchets est loin d'être résolue en Allemagne.


© Dirk Vorderstraße















L'Allemagne n'en aura pas fini avec le nucléaire quand le dernier réacteur sera éteint, mais quand tous les déchets seront stockés en sécurité. Or cette tâche titanesque nécessitera des milliards d'euros. Si l'on suit le principe pollueur-payeur en vigueur en Allemagne, c'est aux opérateurs nucléaires de régler la facture. D'autant plus qu'ils ont largement profité de l'atome. "E.ON, RWE et les autres ont obtenu environ 165 milliards d'euros de subventions depuis les années 50, et ont enregistré plus de 90 milliards de profits ces 15 dernières années", soulignait un journaliste du magazine Der Spiegel fin 2015. Mais selon Carsten Thomsen-Bendixen, porte-parole d'E.ON, l'Etat aurait également sa part de responsabilités. "Des politiciens comme Franz-Josef Strauss, ou Helmut Schmidt, voyaient le futur de l'Allemagne en grande partie dans le nucléaire. Ce sont donc les entreprises et l'Etat qui ont commencé ensemble à utiliser cette forme d'énergie, et ils doivent maintenant assumer ensemble la responsabilité de son abandon", a-t-il déclaré à la radio Deutschlandfunk en novembre 2015. 

La loi oblige tout de même les opérateurs - E.ON, RWE, Vattenfall et EnBW - à constituer des provisions pour financer la sortie du nucléaire. Fin 2015, elles s'élevaient au total à plus de 40 milliards d'euros. Difficile pourtant de savoir si ces provisions seront encore disponibles le moment venu. Il ne s'agit pas en effet de sommes placées sur un quelconque compte épargne, mais d'un simple passif inscrit sur le bilan comptable des entreprises. Elles peuvent donc prendre diverses formes : actifs immobiliers, participation au capital de centrales à charbon, etc. Si les entreprises font faillite, l'argent risque de disparaître, et le contribuable sera obligé de mettre la main à la poche.

Une facture difficile à estimer


Pour éviter cela, le gouvernement a mandaté une commission pour examiner les options de financement du démantèlement et du stockage des déchets radioactifs. Dans ses conclusions, livrées au printemps dernier, elle propose que les entreprises restent responsables du démantèlement des centrales. Par contre, pour la gestion des déchets, elle préconise la création d'un fond public, auquel les exploitants contribueraient à hauteur de 23,3 milliards d'euros. En échange, si les coûts devaient se révéler plus élevés, les entreprises ne seraient pas mises à contribution. 
Une solution qui ne réjouit pas les associations environnementales, car la facture du stockage des déchets est difficile à estimer et pourrait bien de dépasser la somme prévue. Si l'Allemagne dispose d'un centre d'enfouissement pour les déchets faiblement et moyennement radioactif à Salzgitter (le centre Konrad) près de Hanovre, ce site est d'ores et déjà en sous capacité. Quant au site d'Asse, où avaient été entreposés 126 000 barils radioactifs, il doit être évacué pour cause d'infiltrations. Mais surtout, il n'existe toujours pas de solution pour les résidus hautement radioactifs. A la fin des années 70, l'Allemagne avait pourtant choisi une ancienne mine de sel à Gorleben, en Basse-Saxe, pour accueillir ces dangereux déchets. Mais le choix du site salin était largement controversé. "Gorleben a été choisi alors qu'il ne figurait pas sur la liste des zones adaptées, d'un point de vue géologique, au stockage des déchets radioactifs, expliquait en 2013, au journal français La Croix, Heinz Smital, spécialiste du nucléaire chez Greenpeace Allemagne. Par la suite, les réserves des géologues se sont multipliées, sans être entendues." 

Repartir de zéro


Après 30 ans de débats houleux, le gouvernement a adopté en 2013 une nouvelle loi sur la recherche d'un lieu de stockage définitif. Si le site de Gorleben n'est pas exclu de l'équation, le processus doit tout de même repartir de zéro. Une commission de 33 membres a été créée afin de déterminer les critères de sélection. Dans son rapport rendu fin juin, elle précise que les dangereux résidus devront être entreposés au moins 300 mètres sous terre, dans une couche de granit, d'argile ou de sel. L'objectif de la commission : choisir un site d'ici 2031, afin que sa construction soit achevée avant 2050. 

Les propositions des différentes commissions doivent encore être transformées en textes législatifs. Mais les géants de l'énergie font blocage. Ils se battent notamment pour verser moins d'argent dans le futur fond public pour les déchets nucléaires. D'ailleurs, les entreprises ont aussi un moyen de pression : en 2012, E.ON, RWE et Vattenfall ont déposé plainte auprès du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe contre la décision prise par le gouvernement en 2011 d'arrêter huit réacteurs. Si les juges donnent raison aux entreprises, ces dernières pourraient exiger de l'Etat allemand des dommages et intérêts. Dans la presse, le chiffre de 15 milliards d'euros cumulés circule. De plus, Vattenfall a porté l'affaire devant une cour d'arbitrage internationale à Washington, où elle réclame 4,7 milliards d'euros. Les coûts de la sortie du nucléaire, cette épée de Damoclès, est encore pour longtemps suspendue au-dessus de la tête des contribuables allemands.
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