Par Anna Przybyll et Filip Ganczak

Les deux visages de la foi


samedi 19 juillet 2014
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À première vue, l'Église catholique polonaise paraît toute puissante. Pourtant, elle aussi n'est pas épargnée par les crises et les processus de sécularisation.


Le Berlin-Varsovie-Express s'approche de la frontière allemande. Alors que le train arrive au niveau de Swiebodzin, on aperçoit la statue du Christ-Roi. Inaugurée en 2010, cette statue de 36 mètres de haut (52 mètres en comptant son socle) est la plus grande statue de Jésus au monde et symboliserait la puissance du catholicisme polonais auquel appartient 93 % de la population, selon un sondage réalisé en 2012 par l'institut CBOS. Plus de la moitié de la population déclare participer à des rites religieux au moins une fois par semaine et seuls 8 % des Polonais ne vont jamais à l'église. Dans une Europe occidentale séculière, ces chiffres étonnent. Sous le régime communiste, les opposants politiques ont trouvé refuge auprès de l'Église, tandis que de nombreux prêtres sont devenus de fervents défenseurs de l'identité nationale et des droits de l'Homme. En 1978, l'élection du cardinal de Cracovie, Karol Wojtyla, au rang de Pape et son injonction "N'ayez pas peur !" prononcée sur la place Saint-Pierre, inspirent les opposants à la dictature du régime communiste et la formation du mouvement ouvrier pacifiste autour du futur syndicat libre Solidarnosc.

Lors de la formation de la Pologne démocratique, l'Église catholique a été invitée à la table des négociations et est intervenue plus d'une fois au sein du processus législatif. Dès 1990, le cours de religion catholique a été réintroduit dans les écoles publiques et encore aujourd'hui, l'avortement n'est permis qu'en cas d'exception. Par ailleurs, la Pologne n'a pas légiféré sur l'insémination artificielle et les homosexuels n'ont le droit ni de se marier, ni de se pacser. Le préambule de la constitution polonaise se réfère encore à Dieu et à l'héritage chrétien du pays.

Pourtant, l'Église catholique polonaise est profondément divisée. D'une part, la tendance libérale plaide pour un dialogue interreligieux, comme par exemple dans les colonnes de l'hebdomadaire cracovien Tygodnik Powszechny. Au moins aussi puissante, la mouvance conservatrice dont le représentant le plus connu, le prêtre Tadeusz Rydzyk, s'est constitué au fil des années un petit empire médiatique, avec le quotidien Nasz Dziennik ou les chaînes Radio Maryja et TV Trwam, ainsi qu'une école supérieure des média. Tadeusz Rydzyk considère l'homosexualité comme une dérive, s'insurge régulièrement contre l'UE et met en garde contre une "alliance germano-judéo-russe". En 2001, son influence politique était à son apogée, lorsque la Ligue des familles polonaises, un parti ultra-catholique, réussit à entrer au Parlement en récoltant tout juste 8 % des voix.

Mais en Pologne, on en a désormais assez, en particulier chez les jeunes. Ces derniers suivent l'exemple de personnalités qui, suite aux nombreuses révélations d'affaires de pédophilie, se détournent de l'Église. Le clergé n'est pas dans le viseur de la seule presse étiquetée gauche libérale. Nombreux sont les politiciens à y voir un nouveau moyen de gagner des voix. Janusz Palikot qui, encore en 2005, essayait de faire de l'argent avec le journal catholique Ozon, affiche aujourd'hui des positions anticléricales, lutte pour les droits des homosexuels et l'adoption d'une loi libérale sur l'avortement. Aux élections parlementaires de 2011, le mouvement de Janusz Palikot a récolté 10 % des voix et est ainsi devenu la troisième force du pays. Même si lors de la canonisation de Jean-Paul II en avril dernier, Rome a été envahie par les pèlerins polonais, beaucoup de Polonais pratiquants ne se plient pas nécessairement à la doctrine catholique. Sur les thèmes du divorce et de l'avortement par exemple, ils ont souvent des opinions divergentes de celles de leurs prêtres. Rafal Kalukin, le correspondant de Newsweek Polska, ne se fait pas d'illusions à ce sujet : "En tant que guide spirituel des Polonais, Jean-Paul II a échoué à sa mission."



Traduction : Sophia Andreotti et Clémence Delmas
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