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Après un DEA en Sciences Textes et Documents à l'Université de Paris VII, Olivier Breton a enseigné la philosophie et les lettres, tout en se consacrant à l'édition et au journalisme : 1982-1994 ; Président...

Sandro Gozi : l'Italie doit pousser l'Europe à revenir aux fondamentaux


mardi 12 septembre 2017
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Le couple franco-allemand, souvent accusé d'être au point mort sous Sarkozy-Merkel puis sous Hollande-Merkel, saura-t-il seul redonner de l'élan à l'Europe ? Le secrétaire d'État aux Affaires européennes, Sandro Gozi, pense qu'il doit s'ouvrir à ceux qui sont prêts, comme l'Italie, à aller de l'avant. Entretien avec Sandro Gozi, secrétaire d'État à la présidence du Conseil des ministres italien, chargé des Affaires européennes.


© SIPA

Qu'attend l'Italie aujourd'hui du nouveau couple franco-allemand ?

Elle attend d'abord qu'il soit dynamique, qu'il soit actif et qu'il soit ouvert. Dynamique, parce qu'il est clair qu'on doit donner un nouvel élan à l'intégration européenne après l'élection de Macron et après les élections fédérales allemandes. Actif, parce qu'il ne l'a pas été d'après nous dans les dernières années, ni avec Sarkozy et Merkel, ni avec Hollande et Merkel. Et qu'il soit ouvert, parce que le couple franco-allemand est une condition nécessaire pour la relance européenne mais pas suffisante : il doit être ouvert à d'autres acteurs qui veulent et peuvent jouer un rôle.

Que pense l'Italie aujourd'hui d'une zone euro plus intégrée comme le propose Emmanuel Macron avec un Premier ministre et un budget de la zone euro ? Est-ce que l'Italie va soutenir Macron dans cette volonté ?
Tout à fait, nous avons des propositions très similaires. En mai 2015, le gouvernement italien a produit un document qui converge avec les propositions de Macron. Nous pensons qu'il est grand temps de faire davantage d'intégration dans la zone euro en matière économique, en matière d'investissement et sur le plan politique. Évidemment, un budget sera tout à fait indispensable et il faudra aussi travailler sur la gouvernance. Et s'il a un budget, il faut qu'il soit géré par un ministre, qu'il soit sous le contrôle démocratique d'un parlement de la zone euro. Ces propositions, qui sont aussi les propositions de Macron, nous conviennent et nous sommes prêts à y travailler tout de suite.

Ça dépend aussi de Merkel ? Est-ce que vous pensez que le pacte franco-italien va être suffisant pour infléchir la chancelière ?
Suffisant, je ne sais pas mais nécessaire, oui. Il est dans l'intérêt de la France et de l'Italie d'accélérer le processus des réformes. Nous avons réformé notre marché du travail et Macron se concentre là-dessus, c'est très important. Et je crois qu'au niveau européen, nous devrons travailler sur une Union des investissements pour donner à l'Union une vraie force. Le plan Juncker, c'est un pas en avant, mais nous avons besoin de nouveaux instruments. À Bruxelles et à Berlin, on parle tout le temps de compléter l'Union économique et monétaire. Nous devons aussi la réformer. Il y a des règles définies dans l'urgence de la tempête financière, qui ne sont plus adéquates aujourd'hui pour relancer l'Europe. Et le fait de vouloir concentrer quasiment toutes les décisions au niveau du Conseil européen où tout est préparé en coulisses n'assure pas la transparence. Je crois qu'il faut davantage de démocratie en Europe.

Sur la question des migrants, qu'attend l'Italie de l'Europe aujourd'hui pour qu'elle prenne enfin en charge la répartition et le financement de l'accueil ?
L'immigration, c'est une question commune qui va nous occuper pour vingt ans. Pas seulement nous Italiens, mais nous Européens. Et nous avons déjà identifié les pistes d'actions, mais il faut accélérer. Tout d'abord, il faut stabiliser la Libye et nous concentrer sur la véritable frontière européenne qui est le sud de la Libye, traquer les trafiquants d'êtres humains. Et il faut accélérer aussi toute la nouvelle stratégie d'investissement et de développement Europe-Afrique, le pacte pour la migration qu'on a proposé à plusieurs à Bruxelles. Il est basé sur plus de coopération de la part des pays d'origine, pour les retours, les rapatriements, les réadmissions, en échange de plus d'investissements privés de la part des Européens. Les règles de Dublin sont aussi totalement insuffisantes. Il faut construire un véritable système d'asile européen qui assure que tous ceux qui arrivent en Europe soient identifiés et une politique des rapatriements et des retours beaucoup plus efficace pour ceux qui n'ont pas le droit de rester en Europe. Et pour les demandeurs d'asile, il faut avoir un système de redistribution beaucoup plus efficace.

Que peut apporter l'Italie à l'Europe ? Quelles sont les valeurs qu'elle propose aujourd'hui à l'Europe ?
Pousser l'Europe à revenir aux fondamentaux : l'État de droit, les droits et la solidarité. Nous pensons que pendant la crise, l'Europe a oublié tout ça et est devenue très austère. Nous devons revenir à une Europe qui soit très exigeante sur l'État de droit et les droits fondamentaux d'abord chez elle, je parle des questions polonaises, hongroises, etc. C'est ce que veut l'Italie en Europe. Et revenir à une véritable solidarité. Nous avons tout fait pour éviter le Grexit, mais nous avons manqué de solidarité européenne au début de la crise des migrants. Je crois que le thème de la solidarité entre peuples et pays européens, c'est un thème que l'Italie doit porter.

Dans votre livre Non, ce n'est pas la faute à Bruxelles vous pointez une responsabilité de la gouvernance européenne.
La réponse européenne à la crise financière a été un choix technocratique et ceci a transformé la crise financière en crise économique, sociale et politique. Donc, il faut tourner complètement la page, remettre en cause certaines règles. Il faut aussi que les partis politiques nationaux s'européanisent beaucoup plus, que l'Europe soit encore plus au centre du débat politique national pour construire de véritables partis politiques européens.
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